Trouble bipolaire de type II : une maladie sous-diagnostiquée dominée par la dépression
- il y a 5 jours
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Le trouble bipolaire de type II est fréquemment confondu avec la dépression et demeure souvent non diagnostiqué pendant plusieurs années. Les recherches récentes suggèrent qu’il ne s’agit pas simplement d’une forme moins sévère du trouble bipolaire, mais plutôt d’une affection distincte qui comporte ses propres défis et nécessite des approches thérapeutiques adaptées.
Note de la rédaction : Cet article s’appuie principalement sur une récente revue de pointe consacrée au trouble bipolaire de type II, publiée dans World Psychiatry en 2025, ainsi que sur les connaissances cliniques actuelles et les lignes directrices de pratique. Cette revue synthétise les résultats d’un vaste corpus de recherches et éclaire plusieurs des thèmes abordés ci-dessous, notamment la prédominance des épisodes dépressifs dans le trouble bipolaire de type II, les difficultés diagnostiques et les approches actuelles en matière de traitement.
La plupart des gens connaissent le terme « trouble bipolaire ». Lorsqu’on y pense, on imagine généralement des changements d’humeur spectaculaires, des épisodes maniaques, des décisions impulsives ou encore une hospitalisation en psychiatrie. Pourtant, cette représentation ne reflète qu’une partie du spectre bipolaire. De nombreuses personnes atteintes d’un trouble bipolaire ne connaissent jamais d’épisode maniaque à part entière. Elles vivent plutôt avec un trouble bipolaire de type II, une affection qui est souvent négligée parce qu’elle se manifeste de manière très différente.
Pendant de nombreuses années, le trouble bipolaire de type II a été considéré comme une forme moins sévère du trouble bipolaire de type I. Les recherches récentes dressent toutefois un portrait plus nuancé. Bien que les personnes atteintes d’un trouble bipolaire de type II ne présentent pas d’épisodes maniaques à part entière, elles passent souvent beaucoup plus de temps à lutter contre la dépression, et le fardeau global associé à la maladie peut être considérable. De plus en plus, les experts considèrent donc le trouble bipolaire de type II non pas comme une forme moins sévère du trouble bipolaire, mais comme une affection distincte, présentant ses propres caractéristiques cliniques, ses propres défis et ses propres besoins en matière de traitement.
Un trouble davantage défini par la dépression que par l’hypomanie
Le diagnostic officiel du trouble bipolaire de type II repose sur la présence d’antécédents d’épisodes dépressifs majeurs ainsi que d’épisodes d’hypomanie. Le terme hypomanie signifie littéralement « sous la manie ». Il désigne une période caractérisée par une augmentation de l’énergie, de l’activité, de la confiance en soi ou de l’humeur, qui est perceptible, mais qui n’atteint pas l’intensité d’un épisode maniaque à part entière. Contrairement à la manie, l’hypomanie n’entraîne généralement pas de perturbation majeure du fonctionnement, de symptômes psychotiques ni la nécessité d’une hospitalisation.
Cette distinction peut sembler peu importante, mais elle constitue en pratique un véritable défi diagnostique. De nombreuses personnes ne perçoivent pas l’hypomanie comme un problème. En fait, elles peuvent se souvenir de ces périodes comme de moments où elles se sentaient particulièrement productives, créatives, sociables ou capables. Elles peuvent avoir besoin de moins de sommeil, entreprendre plusieurs projets à la fois et se sentir plus optimistes qu’à l’habitude, tout en demeurant suffisamment fonctionnelles pour que ni elles ni leur entourage ne considèrent cette expérience comme un problème de santé mentale.
La dépression est une tout autre réalité. Les épisodes dépressifs sont souvent prolongés, pénibles et invalidants. Par conséquent, les personnes atteintes d’un trouble bipolaire de type II consultent généralement pour des symptômes dépressifs plutôt que pour leur hypomanie.
L’une des observations les plus frappantes issues des recherches récentes est à quel point le trouble est dominé par la dépression. Les personnes atteintes d’un trouble bipolaire de type II passent beaucoup plus de temps en dépression qu’en hypomanie. Pour beaucoup d’entre elles, la dépression constitue l’expérience prédominante du trouble. Cela contribue à expliquer pourquoi le trouble bipolaire de type II est si souvent diagnostiqué initialement comme un trouble dépressif majeur.
Pourquoi le diagnostic est souvent retardé
De nombreux adultes ayant reçu un diagnostic de trouble bipolaire de type II rapportent avoir été traités pendant plusieurs années pour une dépression avant que la nature bipolaire de leur trouble ne soit reconnue.
Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. Les épisodes d’hypomanie peuvent être brefs et survenir peu fréquemment. Certaines personnes ne les reconnaissent tout simplement pas comme étant inhabituels. D’autres les perçoivent de manière positive et ne pensent donc pas à les mentionner lors des évaluations cliniques.
Cette distinction est importante, car la dépression récurrente et la dépression associée au trouble bipolaire de type II ne répondent pas toujours au traitement de la même manière. Avant que le diagnostic ne soit établi, de nombreuses personnes se voient prescrire des antidépresseurs parce que leurs symptômes semblent indissociables de ceux d’un trouble dépressif majeur.
Les antidépresseurs peuvent être bénéfiques pour certaines personnes atteintes d’un trouble bipolaire de type II, particulièrement lorsqu’ils sont utilisés en association avec un stabilisateur de l’humeur. Cependant, lorsque le trouble bipolaire n’est pas reconnu, un traitement reposant uniquement sur des antidépresseurs peut parfois s’avérer inefficace, contribuer à une instabilité de l’humeur ou provoquer l’apparition de symptômes hypomaniaques. Pour cette raison, les cliniciens sont souvent prudents lorsqu’il s’agit de recourir aux antidépresseurs seuls lorsqu’un trouble bipolaire de type II est soupçonné.
Une personne qui semble présenter une dépression résistante au traitement pourrait donc, dans certains cas, être atteinte d’un trouble du spectre bipolaire sous-jacent qui n’a pas encore été reconnu.
Pour les cliniciens, le diagnostic repose souvent moins sur l’identification de symptômes lors d’un seul rendez-vous que sur la compréhension de schémas qui se sont manifestés au fil de nombreuses années. Un examen attentif des antécédents de l’humeur, des antécédents familiaux, des habitudes de sommeil et des changements du niveau d’énergie peut révéler un tableau qui n’est pas immédiatement évident.
Pourquoi il est important d’obtenir le bon diagnostic
Pour de nombreuses personnes, le trouble bipolaire de type II est d’abord diagnostiqué comme un trouble dépressif majeur, puisque la dépression constitue la manifestation la plus visible du trouble. Bien que cela soit compréhensible, cette situation peut avoir d’importantes répercussions sur le traitement.
Lorsque le trouble bipolaire de type II n’est pas reconnu, le traitement peut se concentrer exclusivement sur la dépression sans tenir compte du schéma sous-jacent d’instabilité de l’humeur. Un diagnostic précis permet d’adapter le traitement de façon plus appropriée. Il peut orienter les choix médicamenteux, aider les patients à reconnaître les signes avant-coureurs des épisodes thymiques et favoriser la mise en place de stratégies visant à maintenir une stabilité de l’humeur à long terme.
Pour de nombreuses personnes, recevoir le bon diagnostic ne consiste pas simplement à mettre un nom sur leurs symptômes : c’est le début d’une approche thérapeutique plus efficace.
Le trouble bipolaire de type II pourrait-il correspondre à votre expérience?
Si vous avez vécu des épisodes dépressifs récurrents accompagnés de périodes d’énergie accrue, d’un besoin réduit de sommeil, d’une confiance en vous inhabituelle ou de changements dans votre niveau d’activité, une évaluation complète peut aider à mieux comprendre ce qui se passe.
Chez Medipsy, nos cliniciens offrent des évaluations des troubles de l’humeur, y compris des troubles du spectre bipolaire, et peuvent vous aider à mieux comprendre vos symptômes et à explorer les options de traitement appropriées. Si vous souhaitez obtenir une consultation ou en savoir davantage sur nos services, vous pouvez communiquer avec notre coordonnatrice Maria à info@medipsy.ca ou au 514 419-3005.
Le trouble bipolaire de type II est-il réellement une forme « moins sévère »?
Traditionnellement, le trouble bipolaire de type II a été décrit comme la forme moins sévère du trouble bipolaire puisqu’il n’implique pas de manie. Bien que cette description soit compréhensible, elle peut également être trompeuse. L’absence de manie ne signifie pas nécessairement que le trouble entraîne moins de souffrance.
Les recherches montrent de façon constante que les personnes atteintes d’un trouble bipolaire de type II peuvent présenter une altération importante de leur fonctionnement au travail, dans leurs relations et dans leur qualité de vie globale. Les épisodes dépressifs récurrents peuvent nuire aux études, à l’emploi, à la parentalité et au fonctionnement social. De nombreuses personnes vivent avec ces symptômes pendant des années avant d’obtenir un diagnostic précis.
Plus préoccupant encore, les recherches indiquent que le risque suicidaire associé au trouble bipolaire de type II pourrait être comparable à celui observé dans le trouble bipolaire de type I. C’est notamment pour cette raison que de nombreux experts s’éloignent aujourd’hui de l’idée selon laquelle le trouble bipolaire de type II serait simplement une affection « moins grave ». Les difficultés sont différentes, mais elles ne sont pas nécessairement moins importantes.
Que savons-nous des causes du trouble bipolaire de type II?
Comme pour la plupart des troubles psychiatriques, il n’existe pas de cause unique.
La génétique joue un rôle important. Les troubles bipolaires ont tendance à être plus fréquents au sein de certaines familles, bien que les chercheurs n’aient pas identifié un seul gène responsable de cette affection. Le risque semble plutôt découler de l’interaction de nombreux facteurs génétiques, chacun ayant un effet relativement faible.
Les neurosciences modernes ont également mis en évidence des différences dans les réseaux cérébraux impliqués dans la régulation des émotions, le traitement de la récompense et les fonctions exécutives. Parallèlement, les chercheurs étudient différents processus biologiques susceptibles de contribuer au trouble bipolaire, notamment les perturbations du rythme circadien, les voies inflammatoires, le fonctionnement mitochondrial et les systèmes de neurotransmetteurs.
Ces découvertes permettent de mieux comprendre le trouble, mais elles n’ont pas encore permis de mettre au point un test de laboratoire capable de confirmer le diagnostic. Le trouble bipolaire de type II demeure un diagnostic clinique fondé sur les symptômes, les antécédents et l’évolution du trouble.
Les facteurs environnementaux jouent également un rôle. Les perturbations du sommeil, les événements de vie particulièrement stressants, la consommation de substances et les traumatismes psychologiques peuvent tous influencer l’apparition ou la récurrence des épisodes thymiques chez les personnes vulnérables.
L’importance du sommeil
L’un des résultats les plus constants de la recherche sur les troubles bipolaires concerne le rôle du sommeil et des rythmes biologiques.
Les personnes atteintes de troubles bipolaires semblent souvent particulièrement sensibles aux perturbations de leur cycle veille-sommeil. Le travail par quarts, le décalage horaire, les horaires irréguliers et les périodes de privation de sommeil peuvent parfois déclencher des épisodes thymiques.
Pour cette raison, le traitement accorde de plus en plus d’importance au maintien d’une routine quotidienne régulière. Des habitudes de sommeil constantes ne constituent pas seulement une bonne pratique de mode de vie; elles sont souvent considérées comme une composante essentielle de la stabilité de l’humeur à long terme.
Approches actuelles du traitement
Le traitement repose généralement sur une combinaison de médicaments, de psychothérapie, de psychoéducation et de stratégies d’autogestion.
Les médicaments stabilisateurs de l’humeur demeurent au cœur du traitement pour de nombreuses personnes. Selon les symptômes et les antécédents de la personne, le traitement peut notamment inclure le lithium, la lamotrigine ou certains antipsychotiques atypiques.
La psychothérapie joue également un rôle important. Des approches fondées sur des données probantes, comme la thérapie cognitivo-comportementale, la thérapie centrée sur la famille et les approches interpersonnelles et de régulation des rythmes sociaux — qui visent notamment à stabiliser les routines quotidiennes, comme les heures de sommeil, de réveil, des repas, du travail, de l’exercice et des activités sociales — peuvent aider les personnes à mieux comprendre leur trouble, à reconnaître les signes avant-coureurs et à développer des stratégies pour gérer le stress et maintenir des routines régulières.
Un thème important qui ressort des revues récentes est que le trouble bipolaire de type II demeure moins étudié que le trouble bipolaire de type I. Bon nombre des recommandations thérapeutiques reposent sur des données provenant de populations atteintes de troubles bipolaires au sens large plutôt que sur des recherches portant spécifiquement sur le trouble bipolaire de type II. Cet écart se réduit progressivement, mais davantage de recherches ciblées demeurent nécessaires.
Perspectives d’avenir
Au cours de la dernière décennie, l’intérêt scientifique pour le trouble bipolaire de type II a considérablement augmenté. Les chercheurs étudient notamment les biomarqueurs, les profils de risque génétique, les technologies de suivi numérique et de nouvelles approches thérapeutiques qui pourraient éventuellement permettre un diagnostic plus précoce et des soins davantage personnalisés.
Parallèlement, une conclusion devient de plus en plus difficile à ignorer : le trouble bipolaire de type II n’est pas simplement une dépression accompagnée d’épisodes occasionnels d’élévation de l’humeur. Il s’agit d’un trouble de l’humeur distinct et souvent sous-reconnu, dont les répercussions peuvent être considérables.
Pour de nombreuses personnes, obtenir un diagnostic précis constitue un tournant. Des symptômes qui semblaient auparavant confus ou contradictoires commencent à prendre sens. Le traitement peut être adapté de manière plus appropriée. Surtout, les personnes acquièrent une meilleure compréhension de ce qu’elles vivent et de la meilleure façon de gérer leur état au fil du temps.
Si des épisodes dépressifs récurrents se sont accompagnés de périodes d’énergie inhabituellement élevée, d’un besoin réduit de sommeil, d’une confiance en soi accrue ou de changements marqués dans le niveau d’activité et de productivité, une évaluation complète en santé mentale pourrait être pertinente.
Passez à l’étape suivante
Si vous craignez que vos symptômes puissent correspondre à un trouble bipolaire de type II, une évaluation auprès d’un professionnel de la santé mentale peut vous aider à obtenir des réponses et à déterminer les prochaines étapes.
Communiquez avec Maria, coordonnatrice chez Medipsy, au 514 419-3005 ou à info@medipsy.ca pour prendre rendez-vous ou en savoir davantage sur nos services d’évaluation.
Pour en savoir plus
La principale source ayant servi à la rédaction de cet article est :
Parker G, McIntyre RS, Carvalho AF, et al. Bipolar II Disorder: A State-of-the-Art Review. World Psychiatry. 2025;24(2):187–220.
Cet article est fourni à des fins éducatives uniquement et ne doit pas être considéré comme un avis médical. Si vous avez des préoccupations concernant le trouble bipolaire ou d’autres symptômes liés à votre santé mentale, consultez un professionnel de la santé qualifié.




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